Veuillez envoyer votre proposition (300 mots maximum) avant le 15 octobre au responsable de la session ainsi qu'à efficacite08@gmail.com.
1. THÉORIES DE L'EFFICACITE
1. Mimesis/Imitatio Les enjeux de la figuration dans la littérature emblématique des XVIe et XVIIe siècles
Ralph Dekoninck & Agnès Guiderdoni-Bruslé (U de Louvain), dekoninck@arke.ucl.ac.be, Guiderdoni@rom.ucl.ac.be
Qu'en est-il de la confrontation entre la mimesis antique et l'imitatio chrétienne, telle qu'elle trouve à s'exprimer dans la théorie de l'image déployée dans la littérature emblématique des XVIe et XVIIe siècles ? L'enjeu au coeur de cette problématique est bien la question de l'efficacité de l'image. De l'imitation de la nature, mot d'ordre de la théorie renaissante de l'art, à l'imitation du Christ, credo de la « dévotion moderne », se dessine un parcours où le pouvoir du créateur imitant/mimant la Création et le pouvoir de sa représentation sont censés agir sur le réel, qu'il faut informer ou conformer, ce qui suppose toujours un travail de figuration, depuis la conception jusqu'à la réception de l'image. Il s'agira donc d'explorer la manière dont notamment l'emblématique sacrée, usant de l'alliance du texte et de l'image, cherche à enclencher cette dynamique figurative dont l'objectif est l'assimilation et la transformation intérieure susceptible de déboucher sur une conversion et une action dans le monde.
2. Le mythe social de Georges Sorel : un modèle d'efficacité ?
Eric Michaud (EHESS), eric.michaud1@free.fr
Le "mythe social", théorisé par Georges Sorel dans ses Réflexions sur la violence (1908), devait s'opposer à l'utopie socialiste comme au conservatisme libéral par la capacité de ses "images motrices" à "agir sur le présent" plus efficacement que ne pourraient le faire de simples mots. Traduites l'année suivante en italien avec une introduction de Benedetto Croce, les Réflexions sur la violence furent décisives pour le futurisme de Marinetti, mais aussi pour Mussolini ; lorsqu'elle furent traduites en anglais dès 1914 par Thomas E. Hulme, Wyndham Lewis vit en Sorel "la clé de toute la pensée politique contemporaine"; en Allemagne, les Réflexions fascinèrent Walter Benjamin autant que Carl Schmitt . On se propose d'interroger la puissance heuristique de ce modèle pour comprendre les nouvelles formes des images publicitaires, de la propagande et des avant-gardes entre les deux guerres.
3. Image et pédagogie
Annie Renonciat (U Paris 7, INRP/Musée national de l'éducation, Rouen), annie.renonciat@wanadoo.fr
Fondés sur le postulat d'une efficacité de l'image supérieure à celle du langage dans l'ordre de la communication, notamment auprès des « simples », les usages pédagogiques de l'image par les institutions ecclésiastiques et laïques se sont développés en Europe dès le XVIe siècle, exploitant ses fonctions mnémoniques, didactiques et son pouvoir émotionnel. Par le biais de supports adaptés (estampes, illustrations, tableaux muraux, projections lumineuses, cinéma pédagogique, etc..) et de formes rhétoriques spécifiques, ils ont contribué à la diffusion de la foi, l'inculcation de la morale et la transmission de connaissances scientifiques et pratiques. On interrogera ces usages en examinant plus particulièrement les discours fondateurs et/ou promoteurs de l'efficacité pédagogique de l'image : doctrines philosophiques et religieuses ; théories psychologiques ; discours et polémiques sur les usages, les supports, les formes et les publics de l'image pédagogique.
4. Raconter en montrant, montrer en racontant : deux modes d'efficacité
Jean-Marie Schaeffer (CNRS-EHESS), jean-marie.schaeffer@wanadoo.fr
Raconter et montrer sont deux outils de persuasion communicationnelle très efficaces. En effet, nous accordons « spontanément » notre créance à ce qu'on nous raconte comme nous le faisons à ce qu'on nous montre - à ce que nous raconte le journal et à ce que nous montre la photographie ou la télévision. Cette efficacité semble redoublée lorsque les deux modalités représentationnelles échangent leurs rôles, donc lorsque le récit se fait monstration et l'image narration. La présente session se propose d'explorer les multiples modalités (historiques et culturelles) de cet entrecroisement sémiotique, d'étudier les ressources mentales qu'il exploite et de retracer ses effets en termes d'adhésion subjective et d'induction de croyances partagées.
5. Louis Marin: l'être et l'efficacité de l'image
Charlotte Schoell-Glass (Hamburg U) & Nigel Saint (Leeds U), schglass@uni-hamburg.de, N.W.Saint@leeds.ac.uk
Cette séance va se concentrer sur une série de textes de Louis Marin, parmi ses derniers écrits, où il a exploré les concepts de l'être et de l'efficacité de l'image. Ayant poursuivi, par le biais d'une approche sémiotique, les rapports entre la transparence et l'opacité de diverses images politiques et religieuses, Marin a converti cette problématique en une investigation de la virtualité et du pathos des images. Les représentations visuelles et textuelles de reliques attiraient son attention en particulier, aussi bien que les portraits politiques en mots et en peinture, domaines d'étude que par la suite il a élargis dans son livre Des Pouvoirs de l'image en relisant des textes chrétiens et littéraires qui traitent de l'image de Dieu et de la représentation du pouvoir absolu. Notre séance va déjà aborder cette conversion analytique et pourrait continuer sa réflexion autour de deux autres questions: d'abord le va-et-vient potentiel de nos interprétations, évoqué par Marin dans l'introduction du même livre, entre les pôles esthétiques et anthropologiques des images; et deuxièmement une lecture de la manière dont des systèmes de philosophie sont agencés pas Marin dans sa théorisation de l'être de l'image.
6. Érotique des images
Bernard Vouilloux (U de Bordeaux), bernard.vouilloux@numericable.fr
La présente session se propose de croiser approches sémiotiques, phénoménologiques et pragmatiques pour rendre compte, dans le cadre d'une anthropologie historique des images, des conditions sous lesquelles ces dernières agissent sur nous, en particulier celles dans lesquelles l'érotique est en jeu. Pour apprécier cette efficacité, on prendra notamment en considération les relations interdomaniales (interférences de l'érotique avec le religieux, le politique, l'économique, etc.), les modalités de la visée (positives ou, comme dans la caricature, négatives) et les effets (à distinguer de la visée : une image peut échouer totalement ou partiellement dans sa visée). On se demandera alors si les caractéristiques formelles habituellement relevées constituent un langage propre à la recherche de l'efficacité, et s'il est permis d'y voir des invariants transhistoriques ou des variables historiquement ajustables selon les domaines et les contextes. Parallèlement, on s'efforcera de prendre en compte l'incidence des contextes de manifestation, y compris dans leur dimension verbale (inscriptions diverses).
7. Textes et Images dans les missions religieuses (XVIe et XVIIe siècle) : efficacité / inefficacité
Massimo Leone (Turin U), massimo.leone@unito.it
Pendant l'expansion religieuse européenne, surtout à partir de la première moitié du 16e siècle, les missionnaires souhaitant diffuser leurs croyances religieuses en Afrique, en Amérique et en Asie furent confrontés avec le défi de transmettre ces croyances à des individus avec qui la communication verbale était très difficile ou même impossible. D'une part, les missionnaires furent encouragés à développer des nouveaux outils linguistiques (des dictionnaires, des grammaires, des traductions) ; d'autre part, ils furent poussés à reconsidérer le pouvoir communicatif des images.
La session mire à traiter les questions suivantes :
Dans quels contextes historiques et culturels utilisa-t-on des images à côté des mots comme outils de communication missionnaire ? Quelle était l'efficacité / inefficacité des mots et des images dans l'expérience « anthropologique » des missionnaires ? La culture européenne moderne, qu'apprit-elle de cette expérience, et de quelle façon celle-ci influença-t-elle l'usage des images à l'intérieur de l'Europe (par exemple dans les missions que l'on appelle « internes ») ? De quelle façon la relation entre mots et images dans des contextes missionnaires peut-elle être reconsidérée du point de vue de la sémiotique, des études culturelles, des études post-coloniales ?
2. ACTIONS RITUELLES
8. Oeuvre d'art et action rituelle . Analyse des formes et analyse des pratiques.
Giovanni Careri (EHESS) & Carlo Severi (CNRS-EHESS), giovanni.careri@ehess.fr, carlo.severi@ehess.fr
Depuis quelques années, des historiens de l'art consacrent une attention nouvelle aux contextes rituels, et aux usages sociaux d'oeuvres d'art jusque-là étudiées pour leurs qualités intrinsèques. Certains anthropologues, quant à eux, ont proposé de considérer les oeuvres d'art non seulement comme le moyen de formuler une esthétique, mais aussi comme des indices matériels de relations sociales, et notamment rituelles, qui seraient porteurs d'une attribution de subjectivité. Comment penser la relation qui s'établit entre l'efficacité visuelle d'une oeuvre et son insertion dans un contexte marqué par l'action rituelle ?
9. Pouvoir de l'image, puissance de l'écriture : formes d'efficacité du sacré en Extrême-Orient
Claire-Akiko Brisset (U Paris 7, Groupe de recherches sur le Japon en Sciences humaines, et Centre d'étude de l'écriture et de l'image) & Marianne Simon-Oikawa (Tokyo U, GreJa, et CEEI), msoikawa@yahoo.fr, claire.brisset@univ-paris-diderot.fr
En Extrême-Orient, les objets à voir et à lire que véhiculent les différentes traditions éclairent de manière particulièrement frappante les liens entre représentation, pratique et croyance, aussi bien dans la sphère religieuse proprement dite (bouddhisme, enseignements ésotériques, croyances populaires), que dans le champ plus vaste des courants de pensée (taoisme) ou des pratiques qui opposent le monde profane et le monde sacré (le pur et l'impur, etc.) : la forme, la commande, la réalisation, les usages, la conservation même des objets sacrés témoignent des pouvoirs spécifiques qui leur étaient attachés, et de l'espoir que plaçaient en eux, et en eux seuls, ceux qui y recouraient.
L'objet de cette session est d'analyser les modalités selon lesquelles se manifeste l'efficacité des images et des textes sacrés, dans un univers culturel où l'écriture, sous certaines de ses formes, est elle-même considérée comme sacrée, et dotée de vertus spécifiques, voire magiques. Les chercheurs intéressés pourront interroger l'articulation de ces catégories en fonction des problématiques propres à leurs domaines respectifs.
10. Les objets magiques : procédés visuels et rituels dans les mondes anciens, byzantins et dans l'occident médiéval
Marcello Carastro (E.H.E.S.S., Centre Louis Gernet, Paris), Marcello.Carastro@ehess.fr
Les papyrus dits « magiques », les lamelles de malédiction, les pierres gravées, les phylactères, les charmes, les amulettes ou encore les figurines anthropomorphes en plomb ont longtemps été négligés par les historiens. Produits dans des contextes rituels spécifiques, ces objets présentent souvent un espace graphique alliant écriture et diverses formes de figuration. Le but de cette session est d'analyser les procédés visuels et rituels à travers lesquels se met en oeuvre l'efficacité visée par ces objets.
3. EFFICACE POLITIQUE DES TEXTES ET DES IMAGES
11. L'écriture chinoise et son efficacité politique
Yolaine Escande (CNRS) et Aurélie Névot, (CNRS), yolesc@ehess.fr , aurelienevot@hotmail.com
Dans la tradition chinoise, les changements stylistiques en art - notamment dans celui de l'écriture - manifestent aussi des changements politiques. L'art est conçu comme un moyen de développement personnel mais surtout comme un vecteur de représentation d'un statut social et d'un pouvoir. Il est d'ailleurs théorisé et mis en oeuvre par une élite, celle des lettrés, qui maîtrisent l'écriture et la connaissance du contenu des ouvrages canoniques qu'elle permet de transmettre. Aujourd'hui, l'écriture chinoise est investie d'une valeur identitaire, aux relents nationalistes, et elle demeure strictement contrôlée par une censure bien-pensante.
L'objectif de cette session sera de montrer comment l'écriture en tant qu'art est instrumentalisée par le pouvoir, mais aussi comment celle-ci fonctionne néanmoins en tant qu'image, voire en tant qu'image de l'image : l'instrumentalisation n'étant pas à sens unique, cette image du pouvoir et son efficacité politique sont d'autant plus efficaces qu'elles en renforcent les acteurs.
12. Versailles et ses autres: l'efficacité et les arts à l'ère de l'absolutisme
Eric Haskell (Scripps C), Ehaskell@ScrippsCollege.edu
Pendant la deuxième moitié du 17e siècle, Louis XIV a perfectionné l'usage de l'art, de l'architecture et des jardins à Versailles comme propagande dans son schéma absolutiste. Cette session portera sur les influences sur l'esthétique du Roi Soleil et sa réflexion dans le langage de l'absolutisme à travers les cours Européens pendant l'ancien régime. Comme complément à l'excursion à Versailles qui fait partie du colloque, cette session propose d'examiner les notions de prestige et de gloire afin de comprendre leur codification à travers l'architecture et la création des jardins en France et au-delà des frontières du pays.
13. Attitudes de pouvoir
Catriona MacLeod, (Pennsylvania U), cmacleod@sas.upenn.edu
Au milieu du dix-neuvième siècle, le tableau vivant était devenu un passe-temps populaire pour la bourgeoisie. Ce n'est donc pas surprenant que Michel de Certeau se réfère à l'image du tableau vivant lorsqu'il traite de la façon dont la loi s'inscrit sur le corps. Avec pour origine les processions religieuses et les parades de victoire, ce genre de représentation devient un élément important de la vie publique aussi bien que de la vie privée, qu'il s'agisse de commémorations de fête, de divertissements de salon, ou d'événements politiques comme le Congrès de Vienne. Au vingtième siècle, tant communistes que fascistes adoptent eux aussi le tableau vivant. Cette session abordera l'intersection entre parole, image et représentation dans la mise en scène publique des tableaux vivants, en interrogeant l'inscription (ou la subversion) du pouvoir par ou sur le corps. Les communications consacrées à l'histoire publique du genre sont les bienvenues.
14. Frontons et frontispices ou comment images et textes peuvent avoir « la même » efficacité
Marie-Dominique Popelard (Paris 3) & B. Fraenkel (EHESS), popelard@free.fr
À la fois motif architectural et typographique, le frontispice d'un édifice ou d'un ouvrage indique souvent la façon de comprendre ou de faire, mais aussi l'état d'esprit dans lequel on se mettra si l'on entend pénétrer dans l'édifice ou lire l'ouvrage. Délibérément architectural, le fronton d'un édifice public comporte parfois des inscriptions qui valent mêmement. Du « Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre » au « Liberté, égalité, fraternité », les inscriptions prennent valeur de mode d'emploi ou de principes, de décoration et d'étiquette.
15. Lieux de l'image, lieux du pouvoir
Jean-Claude Schmitt (EHESS), jcschmit@ehess.fr
Les médias modernes provoquent un effet de délocalisation (le discours de l'homme politique à la télévision s'adresse à chacun chez lui,et non plus dans le lieu du pouvoir, ni même dans un meeting) qui demande réflexion, car il tranche historiquement sur toutes les situations connues antérieurement. Où et comment s'imposent habituellement les images qui revendiquent un pouvoir, voire représentent le pouvoir (sculptures monumentales, peintures murales, affiches, journaux, etc...) et comment cette inscription locale participe-t-elle jusque dans sa matérialité, sa situation topographique, son usage commun ou rituel, de l'efficace de la figuration ?
16. Texte, image et censure
Lauren Weingarden (Florida State U), Karen Carter (U of North Florida), Nathalie Roelens (Universités d'Anvers et de Nimègue), lweingar@mailer.fsu.edu
Ces sessions accueillent des propositions qui examinent des textes et des images accusés, persécutés ou interdits pour des raisons morales ou politiques depuis le dix-septième siècle jusqu'à nos jours. Les contributions peuvent interroger des sujets dans un contexte historique, religieux ou politique spécifique ou analyser des théories ou des définitions de moralité ou de propagande inédites. Voici quelques voies à explorer : comment les artistes et écrivains ont-ils bravé, subverti ou négocié avec les restrictions légales qui ont défini l'illicite ou le transgressif ? Quelle fut l'interaction entre le matériel censuré diffusé dans le domaine populaire et les oeuvres non censurées considérées comme littéraires ou artistiques ? On pourrait également se poser la question de savoir comment des textes et des images ont défié l'efficacité des définitions légales, tandis que la loi, en revanche, a ravivé l'efficacité du subversif ou de l'interdit.
4. PROCESSUS DE CRÉATION
17. Storyboards
Daniel Ferrer (ENS), daniel.ferrer@ens.fr
Les storyboards ressemblent à des bandes dessinées mais leur nature est essentiellement différente. Ils ne sont pas des oeuvres d'art autonomes mais des outils en vue de la réalisation d'un film. Ce qui compte c'est leur efficacité en vue de la production d'un film. (Voir Morgan Lefeuvre, « Le storyboard : un outil au service de la création cinématographique » Genesis 28 [Numéro spécial cinéma], 2007.) Les storyboards peuvent comporter ou non des indications verbales ou numériques, mais ils sont toujours conçus pour interagir avec des documents de nature textuelle (scénarios, documents de production) et graphiques (maquettes de décors, images opérées...). On étudiera l'efficacité de ces interactions, leurs résultats pragmatiques, mais aussi les pertes repérables après découpage.
18. Genèse dans les manuscrits littéraires et les arts plastiques (XIXe- XXe s.) : Quelle efficacité graphique dans la fabrique de l'oeuvre ?
Claire Bustarret (ITEM, CNRS) & Marianne Jakobi (INHA), claire.bustarret@orange.fr
La notion d'efficacité graphique peut-elle constituer un critère de description, d'évaluation ou d'analyse des pratiques créatives de la modernité ? Qu'il s'agisse d'oeuvres littéraires ou d'oeuvres plastiques, les processus de création sont décrits par la critique génétique en termes d'opérations dont l'efficacité joue plutôt sur un axe temporel que sur un axe spatial. D'où une tendance, dans l'étude de la production d'un texte, à traiter les dessins comme symptômes d'inefficacité, surplus ou divertissement, alors qu'ils relèvent de modalités spatiales encore inexplorées. Pour certains plasticiens, l'écriture s'avère un moyen de mettre en scène le travail artistique et devient parfois la substance même de l'oeuvre : dès lors la dimension graphique ne saurait se limiter à ses effets sur la genèse. Les intervenants seront invités à examiner la pertinence de la notion d'efficacité graphique appliquée aux brouillons littéraires comportant des dessins, griffonnages ou images (photographies, gravures, etc.) ou aux écrits relevant de la genèse d'une oeuvre plastique (titre de l'oeuvre, carnet de travail, notes d'atelier, etc).
19. Acte lexique, corps et performance musicienne
Jacques Cheyronnaud (CNRS-EHESS), jacques.cheyronnaud@univmed.fr
D'une composante rhétorique de l'action musicienne (« jouer », « chanter »), on privilégiera ce qui contribue visuellement à la félicité d'une audition en public - la mise en perception auditive comme moment ultime de communication d'une oeuvre - telles, par exemple, (a) la dimension expressive de la présence physique du musicien : son travail d'investissement dans l'apparaître (scénographie des actions de « jouer », « chanter »), jusqu'aux conditions normatives de satisfaction du déploiement visuel (la convenance, éventuellement en rapport avec tel genre musical) ; (b) la dimension globale du « faire » musicien qui s'appuie sur des ressources diverses pour aboutir (partition ou autres supports d'inscription, environnement, postures corporelles, mémoire procédurale, etc.).
20. Efficacités du Blanc
Anne-Marie Christin (Centre d'étude de l'écriture et de l'image, U Paris 7), christin_am@club-internet.fr
« Au fond, des estampes » écrivait Stéphane Mallarmé pour définir l'originalité du Coup de dés. Et il précisait : « les blancs, en effet, assument l'importance, frappent d'abord ». Paul Valéry fut sans doute le seul, avec Odilon Redon, à comprendre l'audace d'un tel projet. A propos de ce même poème, Roland Barthes devait évoquer quant à lui « l'agraphie typographique de Mallarmé » et en conclure :« cet art a la structure même du suicide ».
Une telle incompréhension peut s'expliquer de plusieurs manières. La plus fondamentale, à mon sens, tient à une double méconnaissance de la part des théoriciens des années soixante-dix : celle de l'importance du « blanc » dans la création plastique, à quelque civilisation qu'elle appartienne, et celle de son rôle dans la genèse et la pratique de l'écriture et de l'imprimé. Cette méconnaissance est due dans les deux cas à une forme de graphocentrisme propre aux civilisations occidentales, qui consiste à n'envisager l'écriture que sous la seule espèce de l'alphabet.
L'objet de cette (ou de ces) session(s) serait de réaliser deux types de confrontations relatives aux usages et aux fonctions du blanc en Occident et en Extrême-Orient: les unes portant sur l'image sous toutes ses formes (y compris celle des jardins), les autres concernant les mises en pages, manuscrites ou imprimées, liées au système d'écriture utilisé, alphabétique, idéographique et/ou syllabique.
5. EFFICACITÉ DES DISPOSITIFS GRAPHIQUES
21. Musées de papier : la mise en image des objets archéologiques et ses effets (XVI-XIXe s.)
François Lissarague (EHESS), flissa@ehess.fr
La redécouverte du passé est largement fondée sur la connaissance par l'image que nous en avons. L'archéologie classique s'est constituée à travers la mise en image, par le dessin et la gravure, des monuments et des objets qu'elle étudie. Le but de cette session est de discuter les effets visuels et intellectuels produits à travers le rassemblement de ces données, qu'il s'agisse de collections de dessins, ou de livres de gravure. De tels ensembles graphiques, dont la structure et la diffusion sont significatifs, jouent en effet le role de musées virtuels.
22. Textes et images dans les histoires de l'art
Michel Melot (Ministère de la culture et de la communication), melotm@wanadoo.fr
Le rapport texte/image pose rarement autant de problèmes que dans l'illustration des histoires de l'art. La déformation des reproductions, leur choix et leur mise en page ont été dénoncées par les historiens de l'art comme tendancieuses, source d'erreurs ou de malentendus. La question de l'efficacité des images pour soutenir une théorie, induire de fausses comparaisons ou construire une histoire artificielle a fait l'objet de débats entre Gombrich et Malraux mais aussi à propos de l'atlas de Warburg, entre autres. Il serait intéressant de développer une historiographie de l'art axée non pas sur les textes mais sur la manière dont ils ont été illustrés, à travers la positions relatives du texte et des images dans les Galeries du XVIIIe siècle jusqu'au encyclopédies modernes et aux bases de données. Les interventions pourraient porter soit, de façon monographique, sur l'analyse des grands recueils d'histoire de l'art, soit sur l'analyse des théories de l'art, les conditions et les conséquences de leur illustration.
23. Le surplus efficace
Véronique Plesch (Colby C), vbplesch@colby.edu
Dans ses Libri Carolini, Théodulfe d'Orléans rapporte l'histoire d'un homme à qui un artiste montra deux images, chacune représentant une belle femme. Lorsque l'artiste les pourvut de légendes celle portant la mention « Vierge Marie » fut vénérée et celle avec « Vénus » fut éliminée. En commentant cette anecdote, Rosamund McKitterick conclut: « c'est le mot écrit qui donne à l'image (...) son identité et son pouvoir. » Peut-on en dire autant des images ajoutées à un texte ? Cette session espère explorer comment le pouvoir d'une image (ou d'un objet, comme c'est par exemple le cas avec les étiquettes qui identifient des reliques) est augmenté ou même produit par l'addition de mots et, vice-versa, comment des images introduites dans un contexte verbal peuvent contribuer à son efficacité.
24. Renfermements idéologiques: l'espace et la représentation des slogans politiques au XXe siècle
Maria Elena Versari (Scuola Normale Superiore), meversari@yahoo.it
Cette session invite des interventions sur les représentations visuelles des slogans politiques et leurs rapports avec l'expérimentation artistique, architecturale et linguistique au XXe siècle.
Pendant les régimes totalitaires des années 1930, les expressions visuelles créées pour représenter les slogans et proclamations des leaders politiques se sont développées de façon dramatique. Ce phénomène ne s'est pourtant pas limité aux régimes autoritaires, car les états libéraux et démocratiques de la même période ont eux aussi recruté écrivains et artistes pour développer de nouveaux moyens de transmission de leurs messages politiques aux masses. Dans cette recherche pour de nouveaux véhicules de propagande, non seulement murs et espaces publics mais aussi bibelots et autres petits objets d'usage quotidien furent transformés en objets à valeur politique, créant ainsi un lien entre la rhétorique idéologique et le développement de la publicité et du graphic design modernes.
On invite des chercheurs de toutes disciplines à présenter des travaux portant sur les moyens dont les slogans politiques furent présentés et divulgués dans la société moderne et sur les stratégies artistiques, rhétoriques et psychologiques employées dans ce processus.
6. MODÈLES ET USAGES DES IMAGES EFFICACES
25. Bande dessinée et politique
Jacques Dürrenmatt (U de Toulouse) jdurrenmatt@neuf.fr
Avec le Mossieu Réac de Nadar, la bande dessinée a hérité de la caricature une efficacité polémique rare. Pour autant, peu nombreux sont les albums qui depuis se soient revendiqués comme fondamentalement politiques, sans doute du fait d'un certain nombre de contraintes éditoriales et de handicaps formels qu'il serait intéressant d'étudier. Les exemples récents, entre autres, de Squarzoni ou Neaud en France, de Sacco et Trudeau aux Etats-Unis, qui s'efforcent de mettre en images de vrais argumentaires politiques avec toutes les difficultés que cela représente dans le cadre d'une continuité iconique, montrent, quoi qu'il en soit, que la bande dessinée n'a pas à délaisser cette possibilité de démontrer son efficacité rhétorique.
On s'interrogera donc sur l'histoire et les évolutions possibles d'une forme en quête de reconnaissance.
26. Quelle(s) vie(s) après l'oeuvre pour les personnages de fiction ?
Brigitte Friant-Kessler (U Paul Valéry, Montpellier), b.friant@free.fr
Dans The Afterlife of Character, David Brewer postule l'existence du désir pour « plus », ce qui pour lui signifie que les personnages de fiction sont dotés d'une vie après que la dernière page d'une oeuvre soit tournée. Ainsi, les illustrations, adaptations cinématographiques/théâtrales ne seraient pas seulement des produits dérivés de la fiction mais en poursuivant cette logique, elles constitueraient de véritables terreaux susceptibles de permettre aux personnages de reprendre vie dans de nouveaux contextes.
On pourra s'attacher à déterminer les modalités d'émergence de ces vies posthumes ainsi que la réception induite par toute forme de résurgence de la fiction dans la non-fiction (caricature politique, affiche publicitaire, image de propagande, mais pas exclusivement).
Le thème de ce colloque étant l'efficacité, on pourra se pencher sur le mode rhétorique déployé lorsque les personnages de fiction servent d'adjuvant à la non-fiction. Le degré de persuasion est-il accru ou au contraire minimisé par l'emprunt d'un personnage issu de la fiction ? Comment s'articulent les notions d'efficacité visuelle et de réception d'une oeuvre de fiction dans des objets d'étude qui ne sont pas de la fiction ? On pourra se demander jusqu'à quel point des événements socio-historiques vus à travers les filtres que sont les illustrations/adaptations et l'art de la caricature témoignent de mutations. Finalement, on s'intéressera bien entendu à l'évolution du rapport entre le texte et l'image dès lors que les personnages passent d'un médium à un autre, qu'ils dérivent doucement d'une vie vers une autre.
27. Le musée imaginaire de la caricature
Ségolène Le Men & S. Rosenberg, segolene.lemen@free.fr
La caricature est l'image efficace par excellence : elle se moque de la cible, elle l'attaque en effigie, elle la transforme par le pouvoir du crayon... Elle est un instrument de communication, de publicité, de propagande, de dénonciation. Qu'en est-il lorsque la caricature se prend elle-même pour cible? lorsqu'elle s'adresse aux oeuvres d'art? lorsqu'elle investit le rapport entre les expressions et les autres arts, y compris la musique et la littérature? On s'intéressera, dans différentes cultures, à la façon dont la mise en livre ou en recueils, mais aussi la mise en exposition peuvent tenir le rôle dans l'efficacité (artistique, mais aussi politique et sociale) de la caricature.
C'est à cette poétique spécifique, liée au caractère d'image 'de seconde main' qui est propre, à la caricature, que s'adressera cette session, dont le titre est inspiré par la publication d'un Musée de la caricature, sous la direction de Jaime, en 1836, premier recueil de planches réunissant des pièces tirées du cabinet d'un collectionneur. A partir de cet ensemble exemplaire, se trouvait visuellement formulée toute une histoire de la caricature, depuis l'antiquité jusqu'aux années romantiques, avec un fort accent sur les caricatures révolutionnaires : un an après l'interdiction de la caricature politique, cette publication avait la portée d'un manifeste de liberté d'expression, et reconnaissait pour la première fois le statut d'un art à la caricature qui devenait objet de collection.
Ainsi, la session permettra de s'interroger sur tous les effets complexes d'une image, la caricature, qui brandit le rire comme arme, des muses au musée.
|